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PRIVATISATION DES HYDROCARBURES
MALGRÉ L'URGENCE DE LA SITUATION, LE DOSSIER PIÉTINE |
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La SRPP société française, issue d'un joint-venture entre Total-Fina-Elf et Sheli, opérant déjà à La Réunion où elle gère très correctement l'approvisionne ment en produits pétroliers, semblait favorite lors du lancement de l'appel d'offres pour la privatisation du Service des Hydrocarbures. Son dossier avait en tout cas les faveurs de l'administration française. Mais cet appel d'offres étant international, rien n'était joué pour autant. Les élus mahorais, lors du premier choix, ont préféré Galana et l'on peut difficilement imaginer qu'ils re viennent sur leur décision. Demeurer fermes sur leur position est au contraire une façon d'affirmer leurs nouvelles responsabilités au sein de la Collectivité. Des responsabilités qui s'accordent mal avec l'astreinte de suivre les conseils venus de Paris ou d'ailleurs. RAPPELONS, au-delà de toute considération En juin 2001 déjà, Dominique Bonvillain, directeur du service, soulignait dans nos colonnes la gravité de la situation en ces termes : « Aujourd'hui, nous sommes au pied du mur et nous commençons à rationner la distribution de kérosène aux avions avant d'envisager le rationnement du gazole... » Qu'en est-il plus d'une année après ces déclarations ? La politique du « flux tendu » s'est instaurée dans les mœurs, mais le moindre retard entre deux pétroliers, ou encore la moindre rumeur de pénurie et aussitôt les stations-services sont prises d'assaut par un flot interminable de véhicules et par une foule vociférant le bidon à la main. Pourtant, un plan de reprise est déjà bien avancé par les trois repreneurs potentiels: Pour la SRPP (Société réunionnaise de produits pétroliers), la stratégie consiste à créer deux filiales sur l'île : une pour le stockage, l'autre pour la distribution. - Pour Addax-Orvnx, d'origine suisse mais opérant déjà en Afrique et pour Galana, basée à Maurice et exploitant la raffinerie de Tamatave, les stratégies s'avèrent similaires. Il s'agit d'une expansion régionale dans laquelle Mayotte les intéresse par sa position centrale. Sa situation géographique permettrait à ces entreprises de développer une activité parallèle : le « bunkering» (soutage maritime). Ce tYpe de prestation aux navires en mer (notamment pour le ravitaille ment en carburants des flottilles de pêche), peut s'avérer rémunératrice et surtout amener une nouvelle plus-value à Mayotte.Le repreneur sélectionné devra s'acquit ter de la modernisation du service avec la construction d'un nouveau dépôt à Longoni (environ 30 000 m3 de stockage), moderniser à terme le dépôt, tout en conservant la masse salariale existante, y compris les CES, la former et l'augmenter régulièrement. L'investissement prévisionnel est estimé à 28 millions d'euros. Dans ce schéma-tvpe, Mayotte pourra espérer tenir sans soucis jusqu'en 2008, date à laquelle il faudra penser à de nouveaux aménagements. Lavis favorable donné à la compagnie Galana petroleum a encore compliqué toute cette schématique. QUOI QU'IL EN SOIT, suite à la décision de retenir Galana, un préavis de grève illimité émanait, le 14 novembre, du personnel du Service des Hydrocarbures. Motif évoqué : «Galana n'offre pas de garanties en termes de reprise du personnel, de qualité et de régularité des approvisionnements (venant de Tamatave) »... De plus, son offre présenterait selon les grévistes « des risques graves de pollution du lagon... ». Difficile d'en savoir plus pour l'instant et de vérifier ces informations. Mais après cinq années d'audits, de débats et de rebondissements, on s'attendait à des propositions similaires des trois repreneurs, en fonction d'un même cahier des charges... Ce n'est apparemment pas le cas. Face à cette situation complexe, le Con seil général de Mayotte a joué une nouvelle fois la prudence, par la voix du pré sident Bamana, en décidant de mettre le dossier de la privatisation en attente, et cela pendant un an Si nécessaire. Le <vieux sage » souhaite ainsi faire retomber la pression. Une solution néanmoins ambiguë car plus on attend et plus la modernisation du service coûtera cher. Il n'est pas impossible qu'une nouvelle consultation soit lancée et amène de nouveaux candidats à cette privatisation. ÉLECTRICITÉ DE MAYOTTE DE GROS EFFORTS POUR RÉPONDRE A LA DEMANDE Dépendante à 100% des hydrocarbures, la production d'électricité est assurée à Mayotte par EDM (Électricité de Mayotte), une société d'économie mixte dont la Collectivité est actionnai re à quelque 50% et qui parvient à dégager des profits. C'est ainsi que le débat de fond sur la péréquation du prix du kilo wattheure est toujours d'actualité. LE COÛT DE L'ÉLECTRICITÉ dépend évidemment des frais d'approche et des fluctuations du prix du pétrole, dans un contexte où, contrairement à la France métropolitaine, on ne dispose pas des productions nucléaire et hydraulique, ni de l'interconnexion entre les différents pays européens. Malgré tout, la règle veut que dans les DOM (départements d'Outre-mer), le tarif de l'électricité soit aligné sur le tarif national français. Ce qui explique qu'EDF perd environ 300 millions d'euros chaque année dans les quatre DOM. Des pertes compensées par les revenus réalisés dans l'hexagone, mais est-ce pour cela un modèle à suivre alors que l'île au lagon peut encore éviter les erreurs des autres DOM? Sur un kilowatt qui coûte près de 0,20 centimes * d'euros, EDM en reverse 40% pour le gazole, le reste allant aux frais de fonctionnement et de personnel. Avec une demande croissante d'environ + 15% chaque année, EDM doit répondre à flux tendu jusqu'à la construction d'une nouvelle centrale prévue à Longoni pour 2005 (investissement de 60 millions d'euros prévus sur trois ans). Cette nouvelle centrale devrait sortir de terre en même temps que se fera la modernisation du Service des Hydrocarbures. Mais pour l'heure, EDM a pris les devants: face aux retards accumulés dans le dossier hydrocarbures, la centrale des Badamiers s'est équipée cette année d'une cuve de 1 000 mètre cubes de façon « à passer le cap entre deux pétroliers », selon sa direction. IL N'EMPECHE que cet investissement, d'un montant de 530 000 euros, n'était pas prévu dans les prévisionnels et ne fait qu'aggraver les charges de cette SEM qui, rappelons-le, n'a pas augmenté ses tarifs depuis 1995. Malgré tout, le préfet a annoncé une baisse progressive des tarifs dès 2003. Il a, pour l'aider dans cette tâche, un projet d'ordonnance s'inscrivant dans la loi du 11juillet 2001 qui prévoit de compenser les pertes d'EDM par le fonds du service public de la production d'électricité (FSPPE). J.ROMBI * Le prix du kilowatt/heure coûte précisément 0,1982 euros aux particuliers, 0,1524 aux industries et 0,372 aux administrations.
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