Younoussa Bamana:
 "Cet assistanat m'inquiète"
On le sait, le président du Conseil Général n 'est pas un bavard invétéré et les interviews, c'est pas sa tasse de thé. Cet ancien instituteur qui a été de toutes les batailles pour Mayotte Française, préfère lancer ses bons mots du haut de l'hémicycle ou lors de discours trop rares pour certains, plutôt que de s'épancher dans les colonnes des journaux. Pour le Kwezi il à bien voulu, au delà des vœux traditionnels qu 'il adressera d'ailleurs le 17janvier prochain au conseil généra4 parler d'avenir. Pas du sien mais de celui de Mayotte. Un entretien exclusif dans lequel il lance un appel au travail et donne son sentiment sur le Mayotte futur.

L e M'zé est bien connu pour être très attaché à la terre et au travail des champs. Il est bien plus heureux sur ses cultures de Combani qu'en costume cravate sous les ors des ministères parisiens, mais pour rien au monde il n'abandonnerait sa charge de président.

Younoussa Bamana: "J'ai été élu donc je reste . Pas question de partir avant l'heure. Quand le moment viendra nous verrons mais pour l'instant je continue de travailler. Vous savez, pour bien comprendre le Mayotte d'aujourd'hui il faut avant tout parler du Mayotte d'hier Mayotte a toujours été considéré comme le jardin des Comores, d'ailleurs les chefs Comoriens avaient divisés Mayotte pour eux.

 Donc pendant ce temps là que faisaient les Mahorais ? Ils dormaient alors que les Anjouanais s'in filtraient ici. Pour Grande Comores Mayotte est un tremplin et Anjouan n'a d'yeux que pour notre île". Le président Bamana supporte difficilement de voir ce qui se passe actuellement au nez et à la barbe de ses compatriotes Mahorais.

Y.B." Savez-vous qu'il y a trop de motos volées qui sont arrivées à Anjouan et les pièces détachées reviennent mainte nant à Mayotte. C'est quand même un comble ! Mais ce qui me fais le plus peur ce sont tous ces jeunes qui ne font rien qui n'ont aucune idée et qui ne veulent rien faire Si ce n'est tendre la main pour avoir les allocations familiales, le RMI etc...

On voit déjà les conséquences de tels comportement et cet assistanat m'inquiète.

Que font les jeunes qui partent en métropole faire des études ? Ils reviennent et veulent être fonctionnaires car ils attendent tout de la France. J'avais pro posé un RMA ( Revenu minimum d'activité) on m'a répon du : Non, RMT ! Mais c'est lamentable ! J'ai un jeune qui un jour est venu me voir et, sous prétexte que j'étais son oncle, m'a demandé un boulot. J'ai dit non. D'abord tu commences à manier la pioche et ensuite tu pars à la Réunion apprendre un métier et ensuite on verra. Il est revenu et maintenant est chef d'entreprise avec 5 ouvriers C'est comme cela qu'il faudrait faire ! Regardez l'agriculture Dans le temps on produisait des oignons à Mliha, on faisait de la pomme de terre. On cultivait et ça marchait bien. Maintenant avec le copinage, on importe et les Mahorais cultivent la paresse. Ca suffit !Mais il y a aussi les fonctionnaires expatriés qui n'aident pas non plus parfois. Prenez la DAF, chaque nouveau directeur qui arrivait de métropole avec sa science, s'empressait de tout changer sous prétexte que son prédécesseur n'y comprenait rien. Les m'zungou (les blancs) ont apporté la déstabilisation.

Kwezi : Alors quelles sont les solutions?

Younoussa Bamana " Les solutions ? D'abord mettre tout le monde au boulot! Il faut initier des projets mais personne ne veut rien faire. J~ en ai marre de voir que je suis entouré de 19 conseillers au conseil général et que 6 ou 7 seulement travaillent et s'intéressent à ce qu'ils font. Ils essaient de travailler bien, les autres s'en foutent. C'est lamentable ! L'autre jour j'étais à la commission des routes dans le nord. Les trois conseillers du nord étaient absents ! Ce n'est pas normal Au conseil général avant, Si on manquait trois séances sans excuse on était invité à démissionner ou alors on était démissionné d'office. Maintenant tout le monde s'en fout. Les conseillers on ne les voit pas pour certains depuis des lustres. Ils se contentent de venir chercher leur paie à la fin du mois. Ce type de comporte ment est inadmissible mais c'est pas moi qui les ait élus ces gars là!

Kwezi : Bn 2004 une partie des pouvoirs passera à la collectivité, on dit que vous vous retire rez à ce moment là. Avez-vous un dauphin?

Y.B. "Un dauphin? mais pour quoi ? Ce sont les Mahorais qui décideront. Ce n'est pas à moi de le faire pour eux. Vous savez il y a quelques années quand Marcel Henry et les autres sont venus me chercher pour faire le 4ème homme, j'étais " le p'tit Bamana dont on parle". J'ai été élu, j'ai fait mon travail et maintenant je suis fatigué. J'ai envie d'être dans mes plantations, donc mon avenir appartient aux jeunes et déjà on commence à me demander de ne pas partir. Mais il est vrai que quand je vois ce qui se passe avec les jeunes justement je me pose des questions. Je vous ai dit tout à l'heure qu'il y avait 6 ou 7 conseillers qui travaillent, l'un d'eux émergera et puis voilà. On verra. Mais je le répète ce qui m'inquiète c'est que les jeunes sont trop pressés. Il faut d'abord apprendre."

Kwezi Le député avait annoncé la gratuité de la barge il n'en est rien. Quel est votre senti ment?

Y.B. " Je pense qu'il a fait une erreur. Je lui ait conseillé d'être prudent sur cette affaire. Je vous l'ai dit les jeunes sont trop pressés. Je crois que le député était trop sûr du gouvernement Chirac

Kwezi : Le nouveau préfet à envie de faire bouger ~es choses qu'en pensez-vous?

Y.B. " Le nouveau préfet est arrivé en fanfare décidé à faire bouger les choses c'est très bien. Mais quand vous avez les Mahorais qui viennent modestement lui demander quelque chose, il les envoie balader. Alors forcément ça risque de na pas marcher comme il voudrait.

Il ne faut pas mépriser les Mahorais il faut les écouter.

Kwezi " Quid de la desserte aérienne directe avec Paris, de la piste longue?

Y.B. : " Vous savez les travaux du second poste à quai du port de Longoni sont commencés. Il va y en avoir pour au moins un an. La piste longue je n'y crois pas car il faudrait pour cela une réelle volonté de la France. Si la piste longue se faisait, l'avenir de Mayotte serait différent. Je ne crois pas que cette piste se fera car je pense qu'à terme, le maritime passera par Mayotte et l'aérien par Moroni..."

Propos recueillis par Denis Herrmann